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Allocution du Président de la Confédération Pascal Couchepin à l'occasion de l'ouverture du Forum économique mondial WEF

Davos, 23.01.2008 - Embargo 17h45 - Seule la version orale fait foi

Mesdames, Messieurs,

J’ai le grand plaisir, au nom du Gouvernement suisse, d’ouvrir la session annuelle du World Economic Forum de Davos. Depuis plus de 30 ans le forum réunit un nombre impressionnant de personnalités de la politique, de l’économie, de la culture au sens large, de ce qu’on a appelé, depuis peu, la société civile.

Lorsqu’on fera l’histoire des idées qui ont imprégné cette période, Davos apparaîtra comme un lieu important de diffusion de thèmes, de préoccupations, d’ébauches de solutions et parfois de solutions. On ne manquera pas aussi de constater que le WEF fut flexible au point sinon d’intégrer les contestataires, tout au moins de leur faire place avec la manifestation parallèle de l’open forum.

Le Forum de Davos, édition 2008, s’ouvre dans un climat d’inquiétude économique. La crise des subprimes et des marchés hypothécaires américains peut-elle provoquer, par vagues successives, une réduction de la croissance mondiale voire, dans certaines régions, une récession ?

Depuis quelques années, on constatait avec satisfaction que le progrès de la croissance mondiale ne reposait plus sur un seul moteur, l’économie américaine, mais sur plusieurs moteurs, notamment asiatiques. Les prochains mois, je l’espère, confirmeront cette vision optimiste de la mondialisation.

Puisse Davos contribuer à une analyse critique de ce qui a conduit à ces difficultés ! Puisse Davos contribuer à dégager des perspectives ou des résolutions pour éviter dans le futur de tels excès !

Le Forum de cette année est dédié au pouvoir innovateur de la collaboration : « The power of collaborative innovation.» Ce thème est suffisamment large pour qu’il ne suscite pas d’emblée la controverse. Il est suffisamment précis pour qu’il provoque la réflexion.

Le Gouvernement suisse fonctionne depuis 1848 sur le modèle du directoire. En d’autres termes, de la collaboration innovative. C’est un cas unique au monde. Je dis parfois avec le sourire que c’est le seul soviet qui a fonctionné avec succès !

Nous nous réjouissons du choix du thème du Forum même si les observateurs critiques, et injustes bien sûr, n’attribuent pas au Gouvernement suisse une capacité d’innovation vertigineuse. Mais les directoires qui fonctionnent n’ont pas pour but premier d’émettre ou de concrétiser des visions révolutionnaires. Ils visent au contraire à un progrès dans la continuité. Ils sont davantage le produit d’une pensée qui s’inspire de Montesquieu que du lyrisme de Saint-Just et des révolutionnaires. Il n’empêche que les résultats des directoires qui fonctionnent sur la base de la collaboration innovative se laissent aisément comparer à ceux d’autres formes de gouvernements.
Naturellement, le thème de cette année est plus large que celui du mode de gouvernement. Vous appelez à la collaboration des hommes et des disciplines sociales et intellectuelles. Et vous avez raison ! Chaque fois qu’une Nation ou l’ensemble de la communauté internationale a voulu résoudre un problème en l’isolant de son contexte, l’échec était programmé. Ou plutôt la solution d’un problème crée d’autres problèmes plus complexes encore et plus difficiles à résoudre. Certains voient dans ce processus une fatalité de l’action humaine. Nous ne le croyons pas. Il doit être possible, peut-être en prenant plus de temps, de donner une réponse différenciée à des problèmes complexes.

Dans le domaine de l’environnement nous n’avons pas le choix. Ce n’est que par la collaboration innovative de la science, de l’économie, de la politique et en intégrant des considérations éthiques qu’on parviendra à des solutions. Encore faut-il qu’au cours de ces débats, il y ait place avant la décision nécessaire pour toutes les opinions, y compris celles des esprits les plus critiques et les moins aptes à ce genre de consensus.

Si les hauts responsables des grandes traditions religieuses appellent finalement à la paix et à la concorde, dans la réalité des faits nous ne sommes pas à l’abri d’un conflit de civilisation. Pour l’éviter, l’interdisciplinarité s’impose. L’histoire comme la linguistique, la théologie comme l’analyse sociologique, doivent être au rendez-vous des dialogues efficaces. L’intelligence ne suffit pas. Il faut aussi avoir une volonté de paix. Mais la volonté de paix sans la connaissance réelle de l’autre aboutit rapidement aux désillusions et aux frustrations.

Les grandes traditions spirituelles doivent aussi s’ouvrir à la science qui dit notre vision actuelle du réel. La science, de son côté, sait que sa vision du réel n’est que celle d’aujourd’hui. L’arrogance n’est pas de mise. Bref, personne ne doute du pouvoir de la collaboration innovative.

Et pourtant comme disait Blaise Pascal : «  A la fin de chaque vérité, il faut ajouter qu’on se souvient de la vérité opposée. » En d’autres termes le pouvoir de la collaboration innovative ne libère pas l’individu de sa responsabilité. Combien de réseaux servent aujourd’hui à diluer les responsabilités plus qu’à produire du neuf avec courage ? C’est peut-être l’une des leçons les plus évidentes de la crise financière actuelle. On avait cru répartir le risque, on a simplement dilué les responsabilités.

Pire encore, des réseaux servent à abriter des activités terroristes ou mafieuses. Leur force est d’être capable d’intégrer, à la frange de l’organisation, des personnes naïves ou des « idiots utiles » pour reprendre l’expression d’un révolutionnaire du passé.

Il est donc temps de rappeler, en même temps que la force de la collaboration créative, la nécessité du courage et de la responsabilité individuelle. L’évolution médiatique a tendance à favoriser ceux qui essayent de se fondre dans les réseaux pour échapper à leur responsabilité réelle. Ils jouent sur l’effet miroir. Ils disent : « Je suis semblable à vous, avec mes faiblesses et mes défauts. Me critiquer, c’est vous critiquer vous-même. » Le débat public en est faussé car il ne porte plus sur ce qu’on attend d’un chef d’entreprise ou d’un responsable politique : qu’il décide en connaissance de cause et qu’il assume les conséquences.

Dans cette région, au début du XXe siècle, un penseur a écrit un hymne à l’homme debout, l’individu responsable. L’héritage de Nietzsche a ensuite été dévoyé, détourné par des criminels, nazis et autres. Et pourtant Nietzsche, bien lu et bien interprété peut nous parler encore aujourd’hui. Le pouvoir de l’innovation créative c’est aussi la capacité d’entendre une voix comme celle-là.

Je vous souhaite à tous un passionnant et fructueux Forum de Davos 2008.

Auteur:

Secrétariat général DFI
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