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Congrès des Suisses de l’étranger – Discours du Conseiller fédéral Didier Burkhalter – Lausanne, 18.08.2012

Berne, 18.08.2012 - «Mobilité et innovation : la Suisse à l’heure des défis internationaux» - Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les délégués du Conseil des Suisses de l’étranger,
Chères et chers compatriotes,

A l’occasion de la Fête nationale, le 1er août dernier, c’est à Londres, au cœur de la « House of Switzerland » érigée pour les Jeux olympiques, que j’ai eu la chance de m’exprimer devant une communauté suisse de l’étranger. Quoi de plus logique que de m’exprimer aujourd’hui à Lausanne, la capitale olympique, devant l’organe représentatif faîtier des Suisses de l’étranger ? A Londres, nous attendions les premières médailles, depuis il y en a eu quelques unes, pas forcément toutes celles qui étaient attendues, mais des médailles d’autant plus belles qu’elles couronnaient des carrières de volonté, de travail et d’abnégation.

Oui la Suisse était à Londres, elle y était pendant les Jeux à travers ses sportifs, elle y est aussi fortement présente à travers les nombreux Suisses qui s’y sont installés et qui contribuent à façonner l’avenir de cette ville et de ce pays: scientifiques, artistes, graphistes, architectes, cuisiniers, ils sont nombreux à apporter une image forte de ce qu’est la Suisse : un pays ouvert, innovant, un creuset de la liberté, un pays qui assume sa responsabilité. Tous ne modèlent pas la ville aussi fortement que Herzog et de Meuron qui ont transformé une ancienne usine électrique en un des musées les plus visités au monde: la Tate Modern. Mais tous contribuent au développement d’une ville qui a du succès et qui est même un des cœurs palpitants du monde globalisé. Ce faisant, ils sont à l’image de la Suisse: ouverts, innovants, libres et responsables.

Mesdames et Messieurs,

Le 3e président des Etats-Unis, Thomas Jefferson, un homme qui avait vécu à l’étranger, a déclaré «pour les questions de style, nage avec le courant; sur les questions de principe, sois solide comme un roc». Je ne sais pas s’il avait raison quant aux questions de style, mais il est certain qu’il avait solidement raison sur la question des principes. Jefferson était un fervent partisan des Droits de l’homme, un principe, une valeur pour laquelle il s’est fermement engagé. Une des valeurs qui figure au cœur de la stratégie de la politique étrangère que le Conseil fédéral a adopté pour les années 2012 à 2015.

La politique étrangère est à la fois une défense de nos intérêts et une promotion de nos valeurs. Ces intérêts et ces valeurs sont définis, au sein même de notre contrat national: la Constitution fédérale qui prescrit à la politique étrangère la mission de défendre trois types d’intérêts: la sécurité, la prospérité et l’indépendance du pays. Cette même charte fondamentale donne aussi pour tâche à notre politique extérieure de défendre les valeurs clé de notre pays que sont: la paix, la démocratie, la promotion des droits de l’homme, la lutte contre la pauvreté, la préservation de l’environnement. Et pour reprendre les mots de Jefferson, le Conseil fédéral est convaincu que sur ces valeurs, mais aussi sur la défense de nos intérêts, nous devons rester «solides comme un roc».

Notre politique extérieure enfin se construit sur 5 principes qui guident notre action: nous agissons en tant qu’Etat de droit et voulons que les autres en fassent de même, nous maintenons une politique de neutralité permanente, nous veillons à l’universalité de nos relations diplomatiques, ce qui n’empêche évidemment pas de fixer des priorités dans nos relations. Nous veillons enfin à mener une politique à la fois solidaire et responsable, deux éléments centraux dans un monde de plus en plus globalisé où les grands défis sont souvent devenus collectifs. Pensons à l’eau, à l’énergie, au climat, à l’environnement, à la démographie, à la migration, à l’accès à la nourriture, à la lutte contre certaines maladies: toutes ces questions sont des défis globaux.

Sur cette base, le Conseil fédéral a défini quatre axes d’action prioritaires:

- Le 1er axe est celui de relations, renforcées et améliorées avec nos voisins, un domaine qui doit être voué à une attention permanente. C’est un effort qui doit couvrir l’ensemble de nos domaines d’actions et force est de constater que les relations avec l’Italie, l’Allemagne et la France ont considérablement évolué ces derniers mois sur des questions aussi diverses et sensibles que la fiscalité, les relations économiques ou l’avenir des aéroports de Bâle-Mulhouse et de Zurich.
- Le 2e axe est celui de nos relations avec l’Union européenne et avec ses pays membres et là aussi la situation évolue: le Conseil fédéral a clairement montré sa volonté de poursuivre et de rénover la voie bilatérale en faisant des propositions institutionnelles à l’UE qui répond aux 4 critiques formulées par le Conseil de l’UE dans ses conclusions de décembre 2010 et en adoptant un mandat de dialogue avec l’UE sur les régimes fiscaux des entreprises.
- Le 3e axe c’est la stabilité en Europe, à ses marges et dans le monde, c’est notamment notre action en matière de coopération et développement pour laquelle le Parlement est en train de discuter d’un crédit de 11,3 milliards pour les 4 prochaines années.
Ceci permettra d’atteindre le taux de 0,5% du revenu national brut ces prochaines années. Cet axe consacré à la stabilité c’est aussi par exemple notre volonté de contribuer à une solution politique en Syrie et de contribuer à la stabilité de la région en soutenant notamment l’accueil des réfugiés dans les pays voisins.
- Le 4e axes est celui des thèmes globaux et des partenariats stratégiques. La Suisse veut développer ses partenariats avec des pays stratégiques notamment les BRICS. Elle veut aussi renforcer son action multilatérale, p.ex. au sein de l’ONU dont elle est membre depuis 10 ans, une organisation qu’elle veut aider à réformer. La Suisse veut jouer un rôle accru auprès du G20 et elle assumera en 2014 la présidence de l’OSCE. Par ailleurs il s’agit aussi de promouvoir et développer le rôle international de Genève. C’est aussi dans cet axe que s’inscrit la volonté de développer le rôle et l’image de la Suisse à travers la diplomatie scientifique, un sujet qui s’inscrit dans la thématique de votre congrès et sur lequel je vais revenir.

Mais d’abord, Mesdames et Messieurs, il me reste à vous parler du dernier élément de notre stratégie de politique extérieure et non le moindre, au-delà de ces 4 axes prioritaires, il y a un devoir central, qui est «au cœur» de cette stratégie: le soutien aux Suisses de et à l’étranger, une mission prioritaire aux yeux du Conseil fédéral.

C’est sur cette base que le Département fédéral des affaires étrangères vise à renforcer la cohérence de la politique suisse à l’égard des Suissesses et des Suisses établis à l’étranger.

Un important instrument de cette politique sera la loi consacrée aux Suisses et aux Suissesses de l’étranger que souhaite rédiger le Parlement. Je me réjouis de constater que cet important chantier a bien démarré et qu’il se base sur une très bonne collaboration entre la sous-commission responsable du Conseil des Etats et les services du DFAE. L’initiative parlementaire du Conseiller aux Etats Filippo Lombardi, qui est à son origine, permettra notamment de consacrer le principe d’un «guichet unique» qui sera appelé à prendre la responsabilité de la coordination des dossiers concernant la Cinquième Suisse.

Il nous importe, dans un monde qui change et qui accélère, que les services de soutien aux Suisses de et à l’étranger restent en permanence à un très bon niveau de qualité et correspondent aux besoins actuels. C’est cette réflexion qui avait poussé à la création de la Direction consulaire au sein du DFAE, une Direction qui vous est désormais bien connue. Et c’est cette Direction qui, après son bon démarrage, sera le centre névralgique des travaux visant à atteindre le double objectif de qualité et d’adéquation, ceci dans un cadre financier qui n’est pas en expansion et que nous entendons bien respecter.

Nous nous attacherons à répondre à ces défis notamment par la mise en place, à moyen terme, d’outils électroniques.

Les nouvelles technologies de l’information peuvent nous permettre de réduire considérablement la charge administrative des utilisateurs expatriés. La helpline 24/24 du DFAE offre un soutien continu. Il y a aussi par exemple les prestations fournies sans qu’il soit nécessaire de se rendre physiquement aux guichets des ambassades ou des consulats généraux. Cette réflexion s’applique bien évidemment aussi pour les droits politiques des Suisses de l’étranger à travers la mise en place de possibilités de vote électronique sécurisées.

Mesdames et Messieurs, si j’ai tenu à effectuer ma première allocution du 1er août en tant que chef du DFAE devant une colonie Suisse à l’étranger, c’était pour adresser ce message aux 700'000 membres de la «Cinquième Suisse»: chaque fois qu’un citoyen suisse part vivre à l’étrange,  il devient un ambassadeur de notre pays. Certains, sont plus visibles que d’autres, mais, vous tous, les Suisses de l’étranger, chacun à votre manière, vous représentez la Suisse, ses valeurs et son éthique. Vous façonnez l’image de la Suisse à l’étranger. Vous êtes la Suisse. Pour cela, je tiens à vous exprimer la gratitude des autorités fédérale. 

La Cinquième Suisse est un domaine d’action important pour la politique étrangère du Conseil fédéral, elle est au cœur de sa stratégie pour les années à venir et elle est au centre de l’action du DFAE. Je suis heureux que l’Organisation des Suisses de l’étranger - cette vivace nonagénaire ! - offre un cadre de dialogue structuré avec la «Cinquième Suisse».

Le projet de loi en cours d’élaboration pourrait lui reconnaître un statut d’interlocuteur privilégié de la Confédération.

Enfin, ce projet de loi pourrait être l’endroit où se place la réflexion en cours à propos de la sécurité des voyageurs munis d’un passeport suisse. Il est nécessaire dans ce domaine et dans un monde devenu plus instable et par endroits plus dangereux, de rappeler l’importance cruciale de la responsabilité individuelle de chaque voyageur et les limites de l’intervention de l’Etat. C’est un débat important et éminemment politique qui doit faire l’objet d’une codification précise dans l’intérêt de toutes les parties. Ce débat est crucial pour la protection de nos valeurs, car il n’est pas acceptable que la Suisse en tant qu’Etat se retrouve sous la pression de revendications d’organisations terroristes, que ces revendications soient de nature financière ou d’une autre nature. Plusieurs Etats mènent actuellement une réflexion identique. J’ai affirmé et je répète que la Suisse n’a versé aucune rançon dans le cas des deux jeunes Bernois qui étaient retenus en otage au Pakistan, de même que dans le cas de la Suissesse libérée au Mali cette année. Prétendre le contraire, c'est mettre clairement en danger nos concitoyens qui se déplacent à l’étranger, c'est fragiliser notre avenir. Et là encore, nous devons donc rester solides comme un roc!

J’aimerais souligner qu’une autre base légale est en cours de révision: la loi sur l’instruction des Suisses de l’étranger.

Elle pourrait se muer en une loi sur la présence de la formation suisse à l’étranger qui viserait un triple objectif:

• tout d’abord, la promotion de l’excellence de notre système de formation, qui est un critère essentiel, une «marque de fabrique» suisse, ai-je envie de dire ;
• ensuite l’affirmation du rôle des écoles suisses à l’étranger comme instruments de la politique extérieure de notre pays : les écoles suisses comme élément important de l’image de la Suisse dans le monde ;
• enfin, le renforcement des liens des jeunes Suisses de l’étranger avec leur pays d’origine, ce qui me semble essentiel, et la contrepartie qui consiste à mieux présenter la Suisse aux jeunes des pays où nos écoles sont établies.

Mesdames et Messieurs,

En parlant de formation et de recherche, on parle d’une des plus grandes forces de la Suisse, d’une des forces encore trop souvent méconnue à l’étranger et pourtant, notre pays est tout simplement à la pointe mondiale dans ces domaines.

Johann Jakob Balmer, Jacques et Jean Bernoulli, William Otto Brunner, Leonhard Euler, Arnold Henri Guyot, Emil Theodor Kocher, Marc-Auguste Pictet, Walter Ritz, Horace Benedict de Saussure, Fritz Zwicky… j’ai volontairement raccourci la liste. Car il y en aurait 16: certains de ces noms vous sont peut-être familiers, d’autres peut-être pas.

Tous ces Suisses sont nés entre le XVIe et le XXe siècle, tous sont des scientifiques : astronomes, physiciens, mathématiciens, horlogers, géographes, chirurgiens. L’immense majorité d’entre eux a vécu et travaillé à l’étranger et, c’est leur véritable point commun: les experts de l’union astronomique internationale ont choisi ces Suisses pour donner un nom à seize cratères de la lune, ceci en reconnaissance de leur contribution extraordinaire à l’avancement de la science dans le monde.

Il est évidemment encore un homme qu’on pourrait citer dans cette liste, et là vous connaissez tous son nom, un homme qui n’est pas né Suisse mais qui a adopté cette nationalité et qui a fait avancer la science peut-être plus qu’aucun autre au XXe siècle, depuis son petit appartement de la vieille ville de Berne:  Albert Einstein, dont j’aime a rappelé qu’il a étudié à l’EPF de Zurich… et qu’il était employé de la Confédération au moment de sa découverte de la relativité restreinte. Albert Einstein qui a lui aussi «son cratère » sur la lune. Chacun à leur façon, ces Suisses symbolisent les multiples liens qui existent entre la mobilité et l’innovation, le thème de votre congrès.

Et ce n’est pas le président de l’EPFL, située à deux pas, d’ici qui me contredira. Cette école qui comme sa sœur de Zurich figure au firmament des meilleures universités d’Europe et même du monde. Des écoles qui pilotent ou participent à des projets de recherche d’importance mondiale et qui le doivent à l’intelligence et au travail bien sûr, mais tout autant à leur ouverture à l’Europe et au monde.

En Suisse, environ un tiers de tous les enseignants, la moitié des post-doctorants et un peu plus d’un cinquième des étudiants viennent de l’étranger. A l’inverse près de 21% des étudiants qui ont obtenu un titre universitaire en 2008 ont séjourné à l’étranger. L’objectif de 20% à l’horizon 2020 que l’Europe s’est fixé est donc déjà atteint par notre pays. Ces chiffres soulignent «l’ouverture scientifique» de notre pays.

Les exploits récents de Raphaël Domjan et de ses co-équipiers qui ont réalisé le tour du monde en bateau solaire sous pavillon suisse, et ceux d’André Borschberg et Bertrand Piccard qui ont réalisé le premier vol intercontinental en avion solaire, sous pavillon suisse également, ces exploits le confirment: la Suisse est une grande nation de la science, plus qu’on ne le croit parfois. Mais pour rester grande, elle doit rester ouverte.

Mesdames et Messieurs,

Je me réjouis que vous ayez choisi le thème «innovation et mobilité» pour ce Congrès et c’est avec intérêt que j’ai entendu tout à l’heure les propos du Professeur Wuthrich (avec qui j’ai eu le plaisir de siéger durant deux ans au jury du prix Marcel-Benoist). En Suisse la science est avant tout l’affaire… des scientifiques et des institutions académiques. L’Etat y joue un rôle de second plan, il ne pilote pas la science il lui laisse sa liberté et c’est probablement un des facteurs clé de son succès planétaire au-delà de l’ouverture de notre pays: laisser à la science son oxygène, la liberté de chercher.

Ce sont donc avant tout les chercheurs et les institutions académiques qui créent des réseaux, lancent des projets, tissent des ponts au niveau européen et au plan mondial. Et pour avoir fait quelques voyages scientifiques avec les présidents des EPF dans mes anciennes fonction de chef du DFI, en particulier en Chine, aux USA et au Brésil, je peux vous assurer qu’il est tout simplement impressionnant de voir à quel point quand la Suisse se présente avec ses EPF et ses universités, elle n’est pas accueillie comme un petit pays dans le monde de la science, on peut presque dire qu’elle est reçue en « grande puissance », en tout cas comme un des pays dont les succès et la qualité sont le plus connus, reconnus, respectés et recherchés.
C’est une porte importante pour les réseaux que peut tisser notre pays dans le monde, pour l’image qu’on a de lui, c’est un élément important pour nos relations étrangères, cette véritable «diplomatie scientifique» est un atout de la Suisse que le Conseil fédéral a bien l’intention de développer encore à l’avenir.

Si les coopérations scientifiques internationales reposent avant tout sur les institutions et que leur premier critère doit être l’excellence et non un objectif politique - on ne saurait trop insister sur cet aspect: pour que la science ait du succès, il faut qu’elle soit libre et ouverte et qu’elle vise l’excellence au détriment de tout autre critère – si ce sont donc les institutions et les chercheurs qui sont au premier plan, il leur faut néanmoins un cadre juridique, des incitations ainsi que des accords de coopération internationaux. C’est là qu’intervient le rôle de l’Etat.

Alors quelle est l’action de notre pays dans ces domaines ?

En premier lieu, il faut évidemment évoquer notre coopération scientifique avec nos voisins européens. Depuis 2004, année de la conclusion de l’accord de coopération scientifique entre la Suisse et l’UE, la Suisse participe, en tant que membre associé, aux programmes-cadres de recherche et de développement technologique de l’Union Européenne. Nos chercheurs ont les mêmes droits et les mêmes obligations dans les programmes que leurs collègues de l’Union.

Cette participation est très positive : les hautes écoles universitaires suisses, et notamment les deux écoles polytechniques fédérales, remportent de très nombreux succès avec leurs projets et sont en mesure de lever d’importants fonds européens pour leurs recherches.

Un seul exemple - mais un exemple qui m’impression toujours lorsque je le cite - si on prend les bourses d’excellence pour les projets en sciences exactes et en sciences de la vie attribuées par le Conseil Européen de la Recherche (les « ERC-Grants » en jargon), on voit que les quatre institutions européennes qui ont eu le plus de succès sont les Universités de Cambridge et d’Oxford… et les 2 Ecoles Polytechniques fédérales de Lausanne et de Zurich, les Suisses étant sur les 2e et 3e marche du podium ! Médailles d’argent et de bronze donc pour nos Hautes Ecoles dans l’Europe de la science! Et pas loin derrière, on trouve d’autres universités suisses.

D’une manière générale avec un peu plus de 25%, le taux de succès des propositions émanant de chercheurs suisses est supérieur à la moyenne et permet à la Suisse d’occuper le 4e rang parmi les 39 pays membres ou associés du programme-cadre. C’est un succès remarquable ! Pour la Suisse, qui dispose d’un excellent niveau de formation et d’innovation, l’accès plein et entier à ces programmes de recherche européens est crucial.  Sans cet accord bilatéral qui faisait partie du paquet des «Accords bilatéraux I» - dans lequel je rappelle que tous les accords sont liés juridiquement entre eux – la recherche suisse ne pourrait tout simplement pas attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs professeurs. Notre niveau de recherche et d’innovation ne pourrait que baisser. Et partant, c’est notre bien-être qui baisserait, car la force de l’économie suisse repose largement sur sa capacité d’innover et sur la recherche et la recherche appliquée de nos hautes écoles.

C’est donc dire que nous devons être prudents et faire preuve de volonté. Nous devrons nous rappeler de cela lorsque nous voterons, comme ce sera peut-être le cas en 2014, sur la libre circulation des personnes: si celle-ci devait s’interrompre, c’est l’ensemble de la voie bilatérale qui serait menacée et celle-ci a de nombreux atouts.. Une vision d’ensemble qu’il nous faut garder! Car il sera très important pour la Suisse de prendre part au prochain programme cadre de développement et de recherche de l’UE qui porte le nom de Horizon 2020. Voilà une – très – bonne raison de plus qui convainc le Conseil fédéral dans sa volonté de poursuivre et de rénover la voie bilatérale!

Mesdames et Messieurs,

L’accès à des programmes de recherche et à des installations scientifiques de pointe est devenu une nécessité impérative pour tout laboratoire de recherche et la science ne peut tout simplement pas être à la pointe si elle n’est pas en réseau. La coopération internationale n’est pas un impératif pour la Suisse uniquement. Il s’agit d’une nécessité globale: de nombreuses expériences scientifiques sont devenues tellement complexes aujourd’hui qu’il faut non seulement faire appel à des scientifiques de plusieurs pays, mais qu’il faut également mettre nos ressources financières en commun, car les moyens d’un pays isolé ne suffisent plus à en financer les infrastructures toujours plus sophistiquées.

Les infrastructures du CERN, le plus grand laboratoire de physique du monde, le démontrent je crois mieux que mille paroles! Et les jeunes Suisses de l’étranger qui ont pris part à votre programme annuel de formation cet été et qui ont, je crois, visité ces installations il y a quelques jours pourront en témoigner. Je me réjouis d’en discuter avec eux tout à l’heure et j’en profite pour féliciter votre Organisation de mettre sur pied de tels programmes pour la jeunesse, car la jeunesse est pleine de vie, pleine d’intelligence, pleine d’énergie et qu’elle est notre avenir, tout simplement! Qui s’engage pour la jeunesse ne peut jamais se tromper!

La coopération de la Suisse avec l’UE ne se limite pas au seul domaine académique. En matière de formation générale et professionnelle également, la Suisse est associée depuis des années, et pleinement depuis le début 2011, aux programmes d’éducation, de formation professionnelle et de jeunesse de l’UE. Notre pays participe pleinement au programme "Education et Formation tout au long de la vie" et au programme "Jeunesse en action". Ceci permet à nos jeunes - mais aussi pour certains programmes aux adultes - d’accéder à de nombreux programmes et d’élargir ainsi leurs connaissances professionnelles, linguistiques et culturelles.

La Suisse ne s’engage pas seulement comme membre associé -  à succès – de l’espace européen de la recherche et de la formation. La coopération scientifique internationale dépend aussi de coopérations bilatérales entre Etats.

Et si la Suisse favorise avant tout les coopérations directes entre institutions, des accords entre Etats sont parfois nécessaires pour leur donner un cadre. Au cours des cinq dernières années, la Suisse a signé des accords bilatéraux notamment avec le Japon, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, les Etats-Unis et le Brésil. Nous espérons pouvoir bientôt signer d’autres accords. La Suisse a également décidé de renforcer sa coopération scientifique en particulier avec l’Inde et la Chine.

Nous ouvrons cette année notre 5e swissnex, les consulats scientifiques suisses, à Bangalore en Inde, après Boston, San Francisco, Shanghai et Singapour. Et nous envisageons les prochains développements de ce réseau, probablement du côté du Brésil. Ce réseau est renforcé par les nombreux conseillers scientifiques actifs dans nos Ambassades. La Suisse est donc présente activement avec des têtes de pont sur le Vieux Continent, dans le «Nouveau Monde» tout comme en Asie, qu’on pourrait peut-être appeler l’ «ancien ancien Monde!».

Les pays dits «BRICS», le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud figurent aujourd’hui parmi les partenaires privilégiés de la Suisse en matière de collaboration scientifique. Leurs gouvernements investissent massivement dans la recherche, la formation et la technologie. Ces pays ont dès lors un potentiel et parfois déjà de beaux succès et ils se profileront comme les futures sociétés du savoir. Ils apprécient les collaborations avec notre pays qui peut ainsi s’ouvrir des portes importantes pour l’avenir. C’est une chance à saisir.

Mais il y a plus ! Notre pays est un des plus avancés dans le domaine de la science et de l’innovation. Il est aussi un pays où la qualité de vie est très bonne, un pays qui bénéficie de la globalisation. De tels pays ont une responsabilité à l’égard de la planète et à l’égard des défis globaux. Et nous en revenons aux fondements de notre stratégie de politique extérieure: la Suisse par la force de sa place scientifique peut aider à résoudre certains des grands problèmes du monde.

Dans le domaine du climat, de l’accès à l’eau et à la nourriture, de l’environnement, de la gestion de la mobilité, de la démographie ou du vieillissement et des maladies qui y sont liées - une question qui ne frappe pas que l’Occident mais qui sera un véritable défi dans un pays comme la Chine. Notre pays a un rôle à jouer, il a une responsabilité, celle de contribuer, par ses ressources, et ses ressources scientifiques sont excellentes, à la solution de tels défis. Voilà pourquoi, dans ce monde en mouvement, je pense que notre politique étrangère se décline aujourd’hui sur le thème: «neutralité, solidarité et responsabilité».

Mesdames et Messieurs,

Des recherches de la Royal Society, en Angleterre, ont montré que le pourcentage de publications de groupes de chercheurs à composition internationale, était proportionnellement plus haut en Suisse que dans aucun autre pays. La recherche suisse est très fortement axée sur la collaboration internationale. Notre pays en sort renforcé. C’est la force d’un petit pays que de s’associer avec les meilleurs. Et c’est l’avenir de la science que d’être interconnectée. C’est donc une chance, une chance à préserver. Ceci nous donne aussi des responsabilités, des responsabilités à assumer.

La Confédération est prête à consentir d’importants efforts afin de stimuler la science et la coopération internationale en matière scientifique.
Le Message de Conseil fédéral au Parlement relatif à l'encouragement de la formation, de la recherche et de l'innovation pour les années 2013 à 2016 – le Message FRI - prévoit des dépenses à hauteur de 26 milliards de francs sur 4 ans. Ceci fait de la formation et de la recherche l’un des deux domaines avec les plus forts taux de croissance des dépenses de la Confédération. Ceci souligne bien que le Conseil fédéral et le Parlement veulent faire de ce domaine une priorité de l’action de l’Etat fédéral.

Au moins 3 milliards de francs seront consacrés directement à la coopération internationale en matière de science et recherche, même si en réalité ce montant ne prend pas en considération les nombreuses activités impliquant des partenariats internationaux au sein du domaine des EPF, au Fonds national (FNS) et la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI).

Mesdames et Messieurs,

Dans un monde où rien n’est certain que l’incertitude et où rien ne semble plus stable que l’instabilité, la Suisse a de bon atouts dans son jeu. Sa capacité d’innover, son ouverture, son goût de la liberté et de la responsabilité sont des forces considérables que nous devons préserver et développer. Innovation et mobilité vont de pair, ils forment un couple utile pour la Suisse et pour le monde. Je vous remercie d’avoir choisi cette thématique essentielle pour vos journées de réflexions. Et logiquement que ces questions trouvent toute leur place dans la stratégie de politique extérieure de la Confédération.

La Suisse restera forte si elle reste à la pointe mondiale de l’innovation et de la science, elle qui figure depuis 3 ans au sommet du tableau de bord européen de l’innovation. Elle restera forte si elle a la sagesse de rester ouverte. Ce sont des principes sur lesquels nous devons rester solides comme le roc!

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite un excellent congrès!

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