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Mesdames, Messieurs,
Il ya quelques temps, alors que j’évoquais les années de St. Maurice avec un ami, il m’a demandé : as-tu été heureux durant ce temps ?
Curieuse question. L’adolescence, plus que toute autre période de la vie, fait alterner des moments d’intense jubilation lorsqu’on découvre le monde par soi-même et des moments de grande inquiétude. Et puis, il y a toutes les périodes d’incertitudes, d’hésitations et d’ennui.
Je me suis souvenu d’avoir lu à l’époque dans « Aden Arabie » de Paul Nizan, une phrase que je m’étais juré de ne pas oublier : « J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »
Et pourtant, tout bien considéré, la période du collège fut une période heureuse.
Elle nous a donné la chance de bâtir des fondements solides, intellectuellement et humainement.
Parce que chaque fois qu’une difficulté éclatait, qu’une crise se déclarait, qu’une question grave se posait, nous avions la possibilité de trouver une oreille attentive et bienveillante auprès de nos maîtres.
Dans le prologue de l’Evangile de Jean qui résume l’aventure fondatrice du Verbe, de la sagesse éternelle, une phrase me revient : « Et Verbum Caro Factum Est ». Et le Verbe s’est fait chair.
Oui, Mesdames et Messieurs, dans ce temps de notre jeunesse à St. Maurice nous avons vu le Verbe se faire chair. Mais notre expérience n’est pas unique, elle se renouvelle chaque fois qu’un maître répond aux questions de son élève en provoquant chez celui-ci de nouvelles questions.
Chaque génération vit différemment ces moments parce que les maîtres, parce que le élèves sont différents.
Mais vous me permettrez d’évoquer avec reconnaissance mes maîtres des années 1950 et du début des années 60 : les Berberat, Berclaz, Rappaz, Michaud, pour ne citer que quelques-uns qui ne sont plus en vie.
Et le recteur Isaac Dayer qu’une grave difficulté de langage obligeait toujours à avoir un mot ou une phrase alternative pour échapper à un blocage. Cela lui donnait l’air et la réputation d’un comploteur qui avait toujours deux fers au feu.
Et il se racontait qu’il lui était arrivé de conclure une phrase, que son bégayement ne lui permettait pas d’achever normalement, par un superbe : « Et après tout, merde ! » qui était tout à la fois une leçon de courage, d’humanité et d’humour.
Les temps ont changé. A l’abondance de chanoines a succédé la vague des laïcs. Mais, à entendre mes enfants qui ont suivi les cours de ce collège, votre institution reste une formidable forge de la personnalité, humainement et culturellement.
Je vous en félicite et je vous en remercie.
Nos pays, plus que jamais, ont besoin d’élites bien formées. Et lorsque je parle d’élites, je ne pense pas à une classe sociale arrogante, égoïste, privilégiée, jouisseuse médiocre, mais à ceux et celles qui savent que l’accès à plus de culture, de formation et d’éducation implique de prendre plus de responsabilités dans la société.
L’élite véritable est celle qui sait qu’elle doit assumer davantage de responsabilités dans la vie professionnelle, familiale ou sociale, dans l’éducation, la recherche, l’économie, la politique, la vie associative.
Or, pour former une élite, il faut du temps et des moyens.
Quelques chiffres d’abord. Ce seront les seuls de cette intervention.
La Suisse consacre 6,5% de son PIB à l’éducation. De plus, elle affecte 2,9% de son PIB à la recherche et au développement. Je rappelle que l’ambition de l’Union européenne est de parvenir à 3% à la fin des années 2010. La plupart des pays de l’Union en sont encore éloignés.
La Suisse se situe pour l’effort consenti en faveur de l’éducation parmi les premiers pays du monde. Au niveau des Etats-Unis et de la Suède.
La Confédération, les cantons surtout, et les communes, plus que la Confédération, ajoutent leur effort à celui des privés pour atteindre une dépense annuelle de l’ordre de 30 milliards de francs.
Les moyens sont là. Il s’agit de bien les utiliser. Et lorsqu’on parle des études secondaires, se pose le problème de la maturité et de sa qualité.
Il faut que la maturité reste une porte d’entrée exigeante permettant d’accéder à l’université et aux EPF, sans examen complémentaire.
Fin septembre, un groupe de travail, formé conjointement par la Confédération et les cantons, a terminé ses travaux sur la réforme de la maturité et a remis son rapport à mon département.
Le groupe de travail propose de travailler en deux phases. Une première phase qui règle les points les plus urgents et une seconde phase qui abordera les problèmes à long terme, sur la base d’une évaluation approfondie de la nouvelle maturité.
Dans la première phase, il s’agit notamment de revaloriser les sciences naturelles et les mathématiques.
Sciences naturelles et mathématiques occupent aujourd’hui le cinquième du cursus. A l’avenir, nous voulons passer à environ 30% du cursus.
Deuxième nouveauté, nous avons l’intention de laisser la liberté aux cantons d’introduire la philosophie comme branche principale.
Permettez-moi au passage de rendre hommage aux travaux de cette commission qui a réussi, dans un esprit de conciliation, à trouver une solution acceptable pour tous.
Je note que notre collègue, ancien élève du collège de St. Maurice, Jean-Romain Putallaz, a apporté une contribution très positive à ce projet.
Les décisions sur ces propositions devraient être prises jusqu’à la fin de l’année par les cantons et la Confédération.
Le Conseil fédéral devrait approuver l’ordonnance au 1er semestre 2007 et la nouvelle réglementation devrait entrer en vigueur en septembre 2007.
Le groupe de travail a aussi fait des propositions sur la durée des études gymnasiales. J’approuve ses conclusions tendant à ne pas réduire la durée de ces études et de la maintenir à 4 ans.
Je crois en effet qu’on ne forme pas des élites dans une procédure rapide même si il est justifié d’avancer l’âge d’entrée dans la vie active. Cela peut être fait en commençant l’école primaire plus tôt qu’on ne l’a fait jusqu’à maintenant.
Mesdames, Messieurs,
Plus que jamais l’avenir d’un pays, l’avenir d’une région est conditionné par la qualité de l’éducation et de l’instruction qui y est donnée.
Le canton du Valais, fort heureusement, est très bien placé dans cette compétition.
Le collège de St. Maurice, avec les autres collèges du Valais, tiennent une place très honorable. Des études démontrent que les élèves issus de ces collèges ont en règle générale de très bonnes chances de pouvoir aborder des études universitaires avec succès.
Il s’agit non seulement de maintenir la qualité de l’enseignement, mais de l’accroître encore.
Les autorités politiques peuvent donner un cadre. Elles ne pourront jamais remplacer les enseignants. L’environnement politique ne peut pas non plus insuffler un esprit là où il n’y en a pas.
St. Maurice et son collège affrontent l’avenir avec sérénité parce qu’il y a ici une grande tradition. Parce qu’il y a ici des enseignants de qualité. Et aussi parce qu’il existe dans notre région une attitude positive à l’égard de la culture, des humanités et des sciences.
Je forme le souhait qu’il continue à en être ainsi à l’avenir et que le prochain siècle permette de confirmer la qualité de l’enseignement du collège de St-Maurice.