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Monsieur le Président du parti radical de Bienne,
Monsieur le Président du parti radical suisse,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis radicaux, chers amis libéraux,
L’été dernier, à l’île St Pierre, j’ai proposé une vue d’ensemble des changements sociaux en Suisse, sur la base des travaux réalisés par l’office fédéral de la statistique et l’université de Zurich.
Ces chercheurs ont analysé le développement de la Suisse en se fondant sur les derniers recensements de la population.
Leurs travaux confirment que la Suisse s’urbanise. Les agglomérations s’étendent sans tenir compte des frontières cantonales ou des frontières nationales. La Suisse rurale devient, elle-aussi, plus urbaine.
Ces résultats ne sont pas une surprise. Par contre, ils remettent en cause les clichés d’une Suisse immuable, rurale, dépourvue de centre. Ils montrent que les signes distinctifs traditionnels de la société suisse perdent de leur solidité.
Prenons quelques exemples.
Mobilité
Premier élément : la mobilité s’accroît. Le nombre de pendulaires augmente et avec eux le périmètre des agglomérations. Beaucoup de nos compatriotes viennent tous les jours travailler dans les centres. Et beaucoup d’entre eux font désormais quotidiennement la navette de grande ville à grande ville, Zurich-Berne, Lausanne-Genève, St-Gall-Zurich, etc.
Conséquence : il n’est plus possible de décrire une région, une localité sans comprendre son étroite dépendance ou ses liens avec les autres lieux du pays. Tout se passe comme si la Suisse fonctionnait peu à peu comme une seule agglomération faite de plusieurs types d’espaces urbains, interconnectés et différenciés.
C’est ce que montre le « Portrait urbain » de la Suisse publié fin 2005 par MM. Diener, Herzog, de Meuron et Schmid. Ils distinguent 5 types d’espaces interdépendants appartenant tous à l’agglomération suisse mais avec des potentiels et des caractéristiques urbanistiques propres :
· les régions métropolitaines
· les réseaux de villes moyennes
· les zones calmes
· les friches alpines
· les stations alpines (alpine resorts)
Modes de vie urbains
Cette évolution de la mobilité va de pair avec une diversification de nos modes de vie.
Environ 50% des enfants vivant en Suisse ont aujourd’hui un père ou une mère d’origine étrangère.
A ceci s’ajoutent l’évolution de la composition des familles et la diversité grandissante de nos parcours de vie. Notre vie n’est plus simplement la succession d’une période de formation, d’activité professionnelle puis de départ à la retraite.
La Suisse devient multiple et urbaine du point de vue social. Elle se caractérise aujourd’hui par son plurilinguisme (l’anglais s’ajoute aux langues nationales) de même que par son pluralisme religieux. Un exemple : statistiquement, la deuxième religion du Valais est l’islam.
La Suisse se caractérise aussi par l’intégration des immigrés et une égalité grandissante entre les biographies masculines et féminines. Certes, dans les sphères dirigeantes, l’égalité n’est pas atteinte. Mais signe positif : les femmes et les hommes font désormais le même nombre d’années d’études.
Globalisation
Enfin, l’évolution de la Suisse ne peut se comprendre sans une optique globale. Sans ses rapports très étroits avec le monde, « l’agglomération suisse » ne serait tout simplement pas viable. Près de 175'000 pendulaires viennent chaque jour travailler en Suisse. Et alors que l’on recense 4 millions d’emplois en Suisse, l’industrie suisse occupe 1 million huit cent mille personnes à l’extérieur de nos frontières.
Autrement dit : le territoire national est aussi le vaisseau amiral d’une flotte multiple active dans le monde entier. Le reste du monde n’est pas en compétition avec nous. Il constitue la scène sur laquelle les talents suisses doivent s’exprimer. La globalisation et l’urbanisation du monde sont une chance pour la Suisse.
Si vous consultez le site internet « PopulationData.net », vous constaterez qu’avec 7,5 mios d’habitants, la Suisse a la grandeur de l’agglomération de Washington. Et celle de Hong-Kong si l’on y ajoute les 650'000 Suisses vivant à l’étranger. Cela signifie que si la Suisse était une seule ville, nous occuperions la 36ème position du classement des villes mondiales. Prise isolément, l’agglomération zurichoise, l’un des moteurs incontestés de notre dynamisme économique, se classe au 392ème rang.
Unie, la Suisse a une taille respectable. Divisée, elle disparaît des tabelles. Cette constatation n’est pas contradictoire avec la thèse que je défendrai dans un instant, à savoir que la Suisse doit être un laboratoire d’expériences locales qui contribuent à faire de ce pays un ensemble extrêmement créatif.
Mesdames, Messieurs,
Les faits sont là : la Suisse change, beaucoup plus, et beaucoup plus vite qu’on ne le pense.
Elle perd son profil rural ou de petites bourgades pour devenir une vaste agglomération urbaine aux contours flous.
Les contrastes spatiaux ne diminuent pas pour autant. Les espaces deviennent urbains mais restent diversifiés.
Les mentalités, par contre, évoluent plus lentement. Les différences ville-campagne continuent à se manifester lors des votations, par exemple celle de Schengen.
Cela s’explique peut-être par le fait que si 73% de la population suisse vit dans les villes, la majorité des personnes habite toujours dans des communes de moins de 10'000 habitants.
Cela tient sûrement à la rapidité de l’évolution de la société suisse. La transformation de la Suisse en une vaste agglomération suscite de l’inquiétude, particulièrement dans les régions rurales. On y sent tout particulièrement une insécurité voire une hostilité à l’égard de ces changements.
Face à cette situation, le devoir de la politique est de procéder de manière très pragmatique sans attiser la peur. Ceux qui attisent la peur empêchent la population de comprendre le changement. La politique doit, au contraire, susciter la confiance.
Priorités pour les années à venir
Comment définir une politique libérale dans une société, toujours plus diversifiée, plus individualisée, plus urbaine ?
Le premier « commandement », pour le PRD, est d’être le premier à percevoir et à analyser les développements les plus récents de la société suisse.
Cette attitude doit s’exprimer par une ouverture au changement plus grande que dans d’autres milieux. Le PRD doit redevenir un laboratoire d’idées neuves..
Parce que notre parti possède toujours le plus grand nombre de sièges dans les exécutifs communaux de plus de 10'000 habitants, nous avons une chance unique d’être particulièrement créatifs au niveau local et régional.
Nous devons veiller à ce que les organes du parti aient « du grain à moudre », qu’ils puissent s’appuyer sur les analyses sociologiques les plus récentes. Et créer ainsi les conditions qui nous permettront d’occuper une place plus importante dans les grandes villes.
Deuxième « commandement » : nous devons trouver des réponses politiques aux mutations que je viens de décrire.
Les étrangers vivant en Suisse et les pays étrangers ne peuvent pas être simplement tolérés ou considérés comme une menace. Une Suisse hostile aux étrangers est une Suisse qui n’a pas d’avenir.
Non seulement, nous ne croyons pas au « Choc des civilisations » mais nous voulons aller au-delà d’un simple « Dialogue des civilisations ». Nous croyons que l’avenir est au métissage culturel. Ce qui ne signifie pas l’abandon de nos valeurs mais la capacité de les enrichir par l’apport de tiers.
Les grandes heures des civilisations sont celles où elles sont capables de s’enrichir mutuellement.
Tout le monde célèbre la douceur de vie de l’Andalousie des 10, 11 et 12ème siècles. Ce que l’on célèbre en réalité, c’est la capacité d’enrichissement mutuel des civilisations chrétiennes, musulmanes et juives. Et le fait que cet enrichissement nous a permis de préserver notre héritage antique.
Autre exemple trivial: les cuisines occidentales ne perdent rien de leur originalité en intégrant des goûts exotiques. Bien au contraire.
Le PRD doit être le parti qui ose dire : le métissage culturel est une formidable chance pour le renouvellement de nos sociétés. Le développement économique mondial se fait de plus en plus dans de grandes mégapoles interconnectées, créant ainsi ce que les économistes appellent une « économie d’archipels ». La Suisse suit cette tendance mondiale : elle est une agglomération parmi d’autres, à la fois intégrée, ouverte sur le monde et diversifiée sur le plan interne.
Dans cette évolution, la Suisse a des atouts considérables : la qualité de la vie de ses espaces urbains ou semi-urbains. Et la vitalité de toutes les collectivités locales, je pense en particulier au domaine culturel.
Si la Suisse veut conserver ses atouts, il est important que les collectivités locales continuent à être dynamiques et ne deviennent pas de simples cités-dortoirs. Les sections du PRD ont ici un rôle déterminant à jouer au niveau local et régional, dans toute la Suisse. Animons le débat, prenons des initiatives. C’est là que doit se faire la discussion politique.
Nos sociétés médiatisées ne tolèrent plus que les messages simples, spectaculaires, formatés par des spécialistes du marketing éloignés du terrain. En réaffirmant l’importance des initiatives prises au niveau local et régional, nous allons à contre-courant. Et nous faisons le pari que le dynamisme local est, encore et toujours, une voie prometteuse pour la Suisse.
C’est un pari. Mais un pari réaliste parce que les disparités entre régions en Suisse sont beaucoup plus faibles que dans d’autres pays. Un exemple : 98 % des ménages suisses disposent de raccordements à large bande. Les 2 % manquants ne sont pas situés dans les régions périphériques du Valais, du Tessin ou des Grisons mais dans le Mittelland et parfois même dans la campagne genevoise.
En résumé, chaque région, chaque localité a un potentiel, économique, social, culturel, au sein de l’agglomération suisse.
Mesdames, Messieurs,
Je suis convaincu que la Suisse va dans la bonne direction.
Dans le domaine économique, notre compétitivité est confirmée.
L’intégration des étrangers progresse partout en Suisse.
Dans le domaine de l’éducation, notre système se modernise grâce, entre autres, à la réforme de Bologne, au projet « Hautes Ecoles 2008 » et à l’article constitutionnel sur la formation qui sera soumis au peuple le 21 mai prochain.
Et en matière de politique sociale, les dossiers avancent bien depuis quelques mois. J’en veux pour preuve l’abondance d’objets de politique sociale figurant au programme de la session de printemps des chambres fédérales. J’aimerais remercier au passage les deux présidents radicaux des commissions des affaires sociales du Conseil des Etats et du Conseil national qui ont décidé de prendre le temps nécessaire pour que les commissions puissent travailler sereinement.
Mesdames, Messieurs,
Nous devons continuer à ouvrir de nouvelles pistes pour répondre aux enjeux de la Suisse du 21ème siècle : en matière de transports, d’intégration sociale, de santé, de formation, d’urbanisme, d’environnement.
Le fait que vous ayez pris le temps de participer à ce séminaire démontre que les élites politiques du parti sont conscientes des enjeux posés par une Suisse qui s’urbanise, une Suisse mobile, diversifiée et ouverte.
Je souhaite que la discussion d’aujourd’hui vous incite à solliciter les personnes occupant des postes à responsabilités dans les sections locales du parti afin qu’elles organisent des débats sur la manière de réaliser cette Suisse de l’ouverture et de l’intelligence qui est notre ambition pour la Suisse du 21ème siècle. C’était déjà l’ambition de notre illustre prédécesseur, Alfred Escher, en 1840. L’ouvrage n’est jamais achevé.