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DiscoursPublié le 19 août 2025

Rentrée des Entreprises 2025 – FER Genève

Genève, 19.08.2025 — Discours du conseiller fédéral Beat Jans

FER Genève

La parole prononcée fait foi

Monsieur le Président du Conseil d'État,
Mesdames, Messieurs, les Conseillères d’État et Conseillers d’État,
Monsieur le Président et Monsieur le Directeur général de la FER Genève,
Mesdames et Messieurs en vos titres et fonctions,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens à remercier chaleureusement la FER Genève pour son invitation. Lors de ma précédente visite à Genève en janvier, j’avais promis à son président, Ivan Slatkine, de revenir ici. J’ai tenu parole. C’est pour moi une question de confiance. Une valeur qui se perd en ces temps troublés. Dans tous les domaines.

Imaginez, on ne peut même plus se fier à la cartographie : il paraît que le Lac Léman a été rebaptisé, temporairement sur une App’, Lac de Genève ! Le Général Dufour en perdrait sa boussole…

J’aurais souhaité poursuivre ce discours en faisant de l’humour, mais l’heure n’est pas vraiment à la fête. Un sujet occupe tous les esprits pour cette rentrée des entreprises : la hausse des droits de douane américains, qui nous plonge dans une phase de turbulences économiques. Vous toutes et tous, réunis ici, vous demandez quels en seront les effets concrets.

C’est pourquoi je tiens aujourd’hui à vous transmettre ces messages :

  • Le Conseil fédéral est déterminé à poursuivre les discussions avec Washington, afin de faire diminuer au plus vite ces droits de douane additionnels sur les produits suisses.
  • Le Conseil fédéral a optimisé son offre à l’égard des États-Unis et poursuit avec engagement ses efforts diplomatiques.
  • Le Conseil fédéral a la responsabilité de trouver des solutions avec tous les acteurs concernés.

Je vous le dis aussi avec conviction : l’incertitude ne doit pas nous faire oublier nos forces et nos valeurs. Genève en est le plus bel exemple : le canton est un contributeur de premier plan à la péréquation. D’une façon générale, nous pouvons compter sur la solidité de la place économique suisse, dotée de véritables atouts : elle est innovante, capable de s’adapter, et a déjà traversé de nombreuses tempêtes.

Quelle que soit l’issue des négociations sur le dossier des droits de douane américains, une chose est claire aujourd’hui : nos relations avec l’Union européenne vont devenir encore plus importantes.

C’est en concluant des alliances avec des pays amis, dans des périodes difficiles, que nous préservons les intérêts de notre pays.

Qu’on le veuille ou non, la Suisse est profondément liée à l’Europe. Ici, au bout du lac, vous le savez bien : avec le Grand Genève, cette réalité se ressent au quotidien.

Préserver des relations de bon voisinage est déjà un motif suffisant pour développer nos relations bilatérales. Mais il y a, selon moi, trois raisons qui plaident particulièrement pour leur renforcement :

  • Tout d’abord, nos entreprises ne peuvent pas se passer d’un accès au marché intérieur de l’UE, qui reste, et de loin, notre principal partenaire. Elle représente 60% de notre volume commercial et 70% de nos importations.
  • Ensuite, il est indéniable que nous allons continuer à avoir besoin de l’immigration. Pourquoi ? Parce que la pénurie de main-d’œuvre va s’accentuer ces prochaines années, pour des raisons démographiques. La Banque nationale suisse parle de 400 000 employés qui manqueraient d’ici à dix ans. En plus, sans les frontaliers européens et les travailleurs détachés, notre économie et notre système de santé ne pourraient tout simplement pas fonctionner.
  • Et puis, dans un monde où la loi du plus fort cherche à s’imposer, la Suisse a besoin d’alliés. Des alliés sur lesquels nous pouvons compter, avec lesquels nous pouvons négocier, et qui s’en tiennent aux règles décidées. Certes, l’UE n’est pas toujours un partenaire facile, car elle aussi défend en priorité ses propres intérêts. Mais elle a démontré à plusieurs reprises par le passé qu’elle est un partenaire fiable.

Mesdames et Messieurs,

Fort heureusement, les accords que nous avons conclus avec nos partenaires européens vont nous permettre de stabiliser et développer la voie bilatérale. Je souhaite évoquer deux points en particulier :

Sur la reprise dynamique du droit :

  • Pour nous accorder un accès sans entrave à son marché intérieur, l’UE nous demande d’accepter les modifications qui sont apportées aux règles régissant ce marché. Dans ce cadre, il est très encourageant que les partenaires sociaux aient trouvé des solutions pour garantir une concurrence loyale et protéger les salaires.
  • En clair, il ne s’agit pas d’une reprise automatique du droit européen, mais bien d’une reprise dynamique.
  • Nous avons la liberté de dire non.

Sur le dispositif de protection :

  • Il est composé d’exceptions et de garanties permettant une reprise taillée sur mesure des développements en matière de libre circulation des personnes.
  • La clause de sauvegarde est un élément de ce dispositif de protection.
  • En cas de problèmes sérieux d’ordre social ou économique, la Suisse pourra l’activer.
  • Avec la clause de sauvegarde, nous avons obtenu de l’UE une concession que personne n’avait crue possible au départ.

Dans ce contexte, l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » n’apporte aucune solution. Elle nuit à la prospérité et à la sécurité de la Suisse. L’heure n’est pas aux expérimentations. Le Conseil fédéral est convaincu que, contrairement à cette initiative, la clause de sauvegarde apporte une réponse, en nous permettant d’agir en cas de problèmes liés à la libre circulation des personnes, mais sans mettre en danger la voie bilatérale.

Permettez-moi d’ajouter que la Suisse dispose d’un potentiel de main-d’œuvre déjà présent sur place : les personnes réfugiées. Leur intégration sur le marché du travail représente un enjeu majeur pour notre pays. Pas seulement politique, mais aussi humain et social. Il s’agit également d’une richesse pour l’économie. Je sais que la FER Genève, les actrices et acteurs de l’économie et les autorités genevoises, vous toutes et tous ici présents, vous mobilisez dans ce domaine. Je vous remercie sincèrement pour votre engagement !

Ce soir, je suis très heureux d’être à Genève.

Genève, emblème de la coopération internationale, du multilatéralisme, et d’un ordre fondé sur des règles et le respect du droit. Ces valeurs, que nous partageons notamment avec l’Europe, sont indissociables de la Genève internationale.

Pour assurer l’avenir de sa position unique, qui revêt une importance stratégique, sur le plan politique, mais aussi économique, la Suisse investit près de 270 millions de francs, pour les années 2025 à 2029. Cet argent est destiné aux infrastructures, à l’organisation de conférences et à un soutien ciblé en faveur d’organisations internationales.

La Suisse est fermement déterminée à défendre le multilatéralisme et suit de près les transformations actuelles.

La Suisse doit être à la hauteur de son héritage. Je pense en particulier à celui du cofondateur de la Croix-Rouge, le Général Dufour. Car il n’était pas seulement un brillant cartographe, mais aussi un diplomate et un humaniste hors normes, dont nous commémorons, cette année, les cent cinquante ans de la disparition.

Geneva stands among the world's leading centres of international governance – and it will remain so.

Mesdames et Messieurs,

Il n’y a pas de fatalité. Il y a des opportunités.

As Winston Churchill said: «A pessimist sees the difficulty in every opportunity. An optimist sees the opportunity in every difficulty.»

Plus que jamais, soyons sûrs de nos forces : stabilité et fiabilité. Ces valeurs ne sont pas à vendre.

Plus que jamais, soyons sûrs de la vivacité de notre démocratie, au cœur de notre identité.

J’aimerais d’ailleurs conclure sur ces deux notions, en lien avec un projet d’actualité pour la Suisse, mis en œuvre par mon département : l’identité électronique. Le peuple se prononcera le 28 septembre à ce sujet. Même si les opposants expriment des craintes légitimes, le Conseil fédéral et le Parlement sont d’avis que l’identité électronique est bonne pour l’économie, renforcera notre souveraineté numérique, et favorisera l’innovation dans notre pays. Pour notre avenir.

Merci à la FER Genève de continuer à s’investir pour l’économie. Et plein succès à son nouveau directeur général, Arnaud Bürgin, à qui je cède la parole.

Merci de votre attention.